Anthelme Hauchecorne

crédit photo : Julie Deltorre

 

 

VanouVousLivre : Tout d’abord je souhaitais vous remercier pour ce merveilleux cadeau. Grâce à vous j’ai découvert le steampunk et quelque chose d’encore plus précieux, votre plume. Comme j’ai coutume de le faire dans mes petites interviews, pourriez-vous vous présenter un peu aux lecteurs s’il vous plait ?

 

Anthelme Hauchecorne : Je ne suis guère présentable. Mon parcours s’apparente à un casier judiciaire bien rempli. À quatre reprises, j’ai lâchement agressé la littérature, en lui infligeant les pires outrages. À travers, entre autres, deux romans (La Tour des illusions, Âmes de verre) et deux recueils de nouvelles (Baroque’n’Roll, Punk’s not dead). Plus quelques nouvelles aussi bêtes que cruelles, qui me vaudront une place dans l’enfer des scribouillards. Pour ma défense : je ne pensais pas que des lecteurs sains d’esprit perdraient leur temps à lire ma prose.

Statu quo : disons que les torts sont partagés.

 

 

VanouVousLivre : Vos références sont multiples, je suis curieuse de connaître vos auteurs fétiches s’il y en a. Quels sont les livres qui vous ont le plus marqués, ceux que vous me conseilleriez ?

 

Anthelme Hauchecorne : J’admire les masochistes. Les écorchés vifs, celles et ceux qui s’obstinent à produire du neuf et du fougueux, quand les rayonnages des libraires ploient sous les immondices sans âme. J’admire les « grands malades », de ma part c’est élogieux. Difficile d’en dresser la liste exhaustive, je ne voudrais pas donner l’impression de les dénoncer. Je citerai néanmoins : Yal Ayerdhal, Alain Damasio, Jérôme Noirez, Xavier Mauméjean, Catherine Dufour, Johan Heliot, feu Robert Wagner, Jean-Marc Ligny, Jeanne-A Debats, Mathieu Gaborit, Joëlle Wintrebert… Si cette existence semble moins grise, ils y sont pour beaucoup.

 

 crédit photo : Julie Deltorre

 

VanouVousLivre : Vous avez une plume que je trouve hors du commun. Comme je le dis dans ma chronique, j’ai appris plein de chose. Elle est d’une richesse incroyable et je me demande bien où vous allez chercher tout ce vocabulaire, donnez-moi votre secret, votre recette, parlez-moi de vos rituels… Avouez, vous avez un dictionnaire intégré ?

 

Anthelme Hauchecorne : S’il était possible de bénéficier d’une greffe de vocabulaire, je deviendrais vite accro à la chirurgie. Hélas, rien n’est si simple. En attendant l’invention des « dictionnaires intégrés », j’utilise abondamment leurs homologues en ligne (synonymes, rimes, argot, champs lexicaux spécifiques…). À ce titre, le site du CNRTL (http://www.cnrtl.fr/) fourmille d’informations de qualité.

Pour le reste, il n’y guère de recette miracle, sinon la persévérance. Un texte doit toujours être peaufiné à l’extrême, leçon que j’applique assidûment depuis Âmes de verre et Punk’s not dead. Chaque passage de mes ouvrages est au minimum réécrit quatre fois, souvent davantage. Sans que l’on puisse parler de « technique d’écriture », je travaille selon quatre étapes :

1. Poser ma trame : mon texte ressemble d’abord à une suite de mots-clés

2. Rédiger : j’articule mes idées par des phrases, sans me soucier du style

3. « Peindre » mes scènes : les vrais ennuis commencent. À présent, je dois faire vivre l’histoire. Je m’efforce de visualiser chaque instant et de trouver les mots justes pour le saisir. Il n’est pas rare qu’un beau paragraphe descriptif exige une demi-heure de travail.

4. Fluidifier : il ne suffit pas que les phrases soient évocatrices ou jolies. Encore doivent-elles s’enchaîner sans heurts. J’apparente la lecture (ce n’est que mon point de vue) à de l’hypnose : il s’agit bien de créer une transe chez le lecteur, car tout commence et se termine dans son esprit. La moindre phrase bancale rompt cette magie, c’est là toute la difficulté de l’art d’écrire. Cette dernière phase vise à atteindre un rendu lisse et équilibré, le meilleur compromis entre clarté, musicalité et puissance d’évocation.

Avec le recul, je dirais que bien écrire n’est pas « si » difficile, mais requiert patience, empathie et concentration.

 

 

VanouVousLivre : Un recueil de nouvelles c’est une chose. Un cercueil de nouvelles c’est différent ! Preuve en est sa construction atypique. Pourquoi cette volonté du « backstage ? ». Vous auriez pu vous contenter de nous livrer vos écrits sans en donner la genèse…

 

Anthelme Hauchecorne : Je ne suis pas « l’inventeur » du concept de coulisses dans un recueil de nouvelles. J’ai repris cette idée de ma lecture Des choses fragiles de Neil Gaiman. Mes recueils Baroque’n’Roll et Punk’s not dead ayant la musique comme fil conducteur, baptiser mes confidences autrement que « backstages » eut relevé de l’hérésie, l’occasion était trop belle. Cet exercice d’introspection a flatté mon côté exhibitionniste. Enfin, peut-être est-ce une forme de fainéantise : craignant d’être confronté à des questions concernant mes nouvelles, j’ai préféré couper l’herbe sous le pied du lecteur en tuant ses interrogations dans l’œuf.

 

VanouVousLivre : Quelle est votre définition du steampunk ? Vous définiriez-vous comme un écrivain steampunk ?

 

Anthelme Hauchecorne : Je ne me lancerai pas dans une définition hasardeuse. Pour les lecteurs qui souhaiteraient cerner ce genre littéraire avec précision, je les renvoie à l’ouvrage de référence d’Étienne BARILLIER et d’Arthur MORGAN, Le Guide Steampunk.

Je serais bien en peine de me définir en tant qu’auteur. Steampunk ? Certes l’on trouve régulièrement de la vapeur et des pistons dans mes imaginaires. Mais aussi des emprunts au folklore et aux légendes celtes. Je ne pense pas avoir une tête à étiquettes ! :)

 

 

VanouVousLivre : Je trouve que chacune de vos nouvelles pourrait faire l’objet d’un roman. Pourquoi le format nouvelle ?

 

Anthelme Hauchecorne : Pourquoi pas ? Les nouvelles sont des expériences et mon recueil un laboratoire. Les textes courts me permettent d’explorer mes univers, de repérer ceux d’entre eux qui seraient « mûrs » pour une transposition romanesque. Parmi les contes de Punk’s not dead, au vu des réactions enthousiastes des lecteurs, il est certain que Décembre aux Cendres et son Budapest ravagé par les flammes bénéficieront prochainement d’un format plus long.

D’autres nouvelles au contraire dérivent de mes romans, à l’instar du Roi d’automne campé dans l’univers celtique et urbain d’Âmes de verre. J’y dévoile les origines de l’un de ses protagonistes, Ambre Karmina, et les travers de sa charmante famille de psychopathes.

Enfin, n’oublions pas que j’écris souvent des nouvelles « à la demande », notamment suite aux sollicitations de la part de revues ou d’anthologistes.

 

 

VanouVousLivre : Pouvez-vous nous parler de vos projets actuels ?

 

Anthelme Hauchecorne : Mon prochain méfait s’intitule Le Carnaval aux corbeaux. Il s’agit d’un conte nocturne pour petits et grands, dédié à tous les cœurs qui aiment jouer à se faire peur. Ce roman dépeint Rabenheim, village d’Alsace où les légendes prennent vie, où l’ombre des créatures du folklore germanique rôde sous les frondaisons des cyprès. L’apparition d’une foire du macabre entraîne l’existence des villageois dans l’onde glacée des mythes teutons.

Je travaille également à mon prochain roman La Croisade des marmots, pour lequel je changerai d’approche et laisserai le récit se construire autour des personnages. Je m’oriente du coup vers de la character driven fantasy. La Croisade des marmots sera une revisite de la croisade des enfants, en prenant des libertés importantes avec les faits originels. Je m’attache au concept d’un bataillon formé de volontaires, recrutés parmi les pauvres et les orphelins, ce qui correspond à ma vision d’une fantaisie médiévale mettant en scène des personnes ordinaires. L’intrigue empruntera aux récits picaresques, confrontant mon trio de héros à l’injustice du monde et les plaçant face à des choix qu’ils espéraient ne jamais devoir faire.

Enfin, je jette les bases du scénario de Cafards & cauchemars, un conte nocturne prenant pour cadre un orphelinat parisien, dont les petits pensionnaires poussent chaque soir, sans bien en mesurer les risques, les portes oniriques de Froidecouche, le monde des cauchemars.

 

VanouVousLivre : Par curiosité…. Vous avez un nom de plume ou est-ce votre réelle identité ?

 

Anthelme Hauchecorne : Anthelme Hauchecorne est ma véritable identité. Je ne porte ni nom de plume, ni masque, ni collants quand vient l’heure de combattre le crime. De toute façon, j’exècre les super héros.

J’ai d’ailleurs lu sur certains forums, avec une pointe d’amusement, que des chroniqueurs jugeaient mon « pseudonyme » ridicule. Pouf, pouf. À ces personnes manifestement bien informées, je répondrai que ce « pseudonyme », je le porte depuis 34 ans, qu’apparemment j’étais ridicule dès le berceau et que, pour leurs réclamations, je les invite à contacter mes parents.

Pauvres parents… Quand ils apprendront que depuis tout ce temps ils portaient sans le savoir un « pseudonyme », ça va leur faire un de ces chocs…

 

 

VanouVousLivre : Merci mille fois.

 

Anthelme Hauchecorne: De rien Vanou, tout le plaisir est pour moi ! ^^

 

 

Site internet de l'auteur

Ma chronique de Punk's not dead

 


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